samedi 11 octobre 2014

JE SHAPE LES ALAIAS DE TOM CURREN

A 17 ans, Paul Duvignau a déjà shapé deux alaias pour Tom Curren, et le maître du style en redemande ! (*L’alaia est une planche en bois sans dérive inspirée des premiers surfs hawaiiens.)



Vous avez peut-être vu cette vidéo de Tom Curren, il y a quelques mois, dans laquelle il revient à la plage en body surf à la recherche d’un morceau de son alaia cassé en deux. Les vagues n’avaient par l’air énorme ce jour là, et ça m’avait un peu surpris. Non pas l’éclectisme de Tom Curren, mais plutôt cet alaia en deux morceaux avec la mention Father and Son gravée dessus.

Et comme beaucoup de surfeurs de ma génération qui considèrent tout ce qui touche à Tom Curren comme sacré, j’ai voulu savoir d’où venait cet alaia, mais je n’ai rien trouvé sur le moment. Et puis quelques mois plus tard je suis tombé sur le jeune Paul Duvignau en train de shaper une planche pour son père dans un atelier de Capbreton. Premier hasard.

Jusque là, je n’avais toujours pas fait le lien entre les deux histoires; et puis Paul se met à me parler des alaias qu’il avait shapé pour Tom Curren. Plus fort encore il me propose de passer chez lui pour en discuter avec Tom ! Second hasard. L’insaisissable Tom Curren en France en tant que parrain du Festival International de film de surf d'Anglet, ça ne pouvait pas mieux tomber. Il faudra une bonne semaine avant que l’on arrive à se caller. Et puis le rendez-vous est convenu, vers 20h le 8 juillet, chez les parents de Paul Duvignau, qui hébergent le surfeur de légende.

Tom est là avec sa femme, elle tapote sur un Ipad et lui discute dans le jardin avec le père de Paul en buvant une bière. On est en plein centre de Seignosse, il y a des planches de surf plein la maison, dont 3 alaias et un paipo fait par Paul. Il y a 34 ans, Tom était déjà passé dans la région pour empocher le titre de champion du monde Junior ISA à Biarritz.

Mais revenons, à Paul, le jeune surfeur landais, qui vient tout juste d’avoir son bac a commencé à shaper il y a seulement quelques années sous la houlette du célèbre Guitou (l’un des premiers shapers français). Après une vingtaine d’alaias et à peine 10 planches de surf, dont un single et plusieurs longboards, on peut déjà dire qu’il a du style. Pour lui pas question de passer par le preshape, il fait tout de A à Z.

« J’ai commencé à shaper ma première alaia dans le jardin, mes parents ne voulaient pas que j’utilise de produits chimiques, donc c’est la seule planche de surf que je pouvais me fabriquer. J’ai été acheter un morceau de polonia à Bayonne avec mon père et je suis allé voir Guitou qui m’a aidé à tracer un outline. Ensuite mon père a passé le rabot et j’ai fait le ponçage. C’est comme ça que j’ai eu l’idée du nom Father and Son. Je l’ai essayé et la planche marchait super bien dès la première vague. Ensuite j’ai racheté du bois pour m’en faire d’autres et j’en ai offert un à Tom Curren, lors de mon premier voyage en Californie, pour le remercier d’avoir passé 10 jours chez lui. »

Tom Curren, ayant quand même vu passer quelques milliers de planches sous ses pieds, a tout de suite apprécié la planche. Vous n’imaginez pas le plaisir du jeune apprenti shaper quand il reçoit un email de 2 lignes de Tom Curren.
« Salut Paul, je surfe ton alaia il marche super. » 
Après quelques photos et un portrait où Tom ne m’a donné le droit qu’à deux shoot, le fameux surfeur californien, comme absorbé par sa propre inertie, s’est mis à expliquer la dynamique nécessaire pour surfer un alaia. « J’ai surfé la planche de Paul pendant un an, avant de la casser au Mexique, mais je l’ai réparé, maintenant elle marche moins bien, mais elle reste fonctionnelle.

« Quand Paul m’a donné cet alaia, ça tombait bien car on m’avait volé deux autres planches de Tom Wegener juste avant. J’en avais planté une dans le sable sur un spot à côté de Santa Barbara et elle avait disparu. Quelques jours plus tard, j’en avais posé une autre sur des galets et un type a du prendre ça pour un truc venu de la mer, et partir avec. Il a du se dire, c’est pas un surf ça. »

« La planche de Wegener faisait 7 pieds et je la trouvais super, celle de Paul est un peu plus courte, mais c’est bien aussi. A Rincon, tu es obligé de faire des manœuvres, il faut souvent éviter pas mal de monde, la planche tourne vite, et tu repars. (Tom mime un 360°) La planche de Paul a une forme arrondie et c’est un peu plus difficile de ramer avec.»

« Ça m’arrive d’utiliser un paddle board, je rame, je met la planche sur le côté et je monte dessus comme ça. C’est juste un peu dur de faire le take off avec ce type de planche, je vais peut-être essayer de partir à l’envers. Tu peux aussi surfer des vagues assez solide avec. L’alaia ça marche bien quand il y a beaucoup de période, car tu es vraiment dans la vague, mais on peut aussi les surfer sur des beach break. Dans 1m50 tu t’amuses, au dessus de cette taille, pour moi, je ne trouve plus ça très amusant. C’est important de surfer sur une planche en bois, c’est très pur. Tu n’as pas de leash, pas de gadget, c’est quelque chose de naturel. »